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Nombril de la confédération des Ouled Naïl, Djelfa à travers le temps - El Watan - 03-09-2007



Edition du 3 septembre 2007 > Reportage

Au début des années 1950, lors de son périple aux confins de l’Algérie, le sociologue Dermenghem, qui avait prolongé son escale à Djelfa, disait de cette région qu’elle était le cœur de l’Algérie. Dans son livre intitulé Le Pays d’Abel, paru aux éditions Gallimard le 25 novembre 1960, il raconte son voyage dépaysant dans le nombril de la confédération des Ouled Naïl, considérée comme la plus grande tribu d’Afrique ayant joué un rôle historique dans cette région peuplée depuis la préhistoire.

La présence humaine dans cette région, datant de l’âge de la pierre, est une thèse irréfutable, tant on y trouve à ce jour de fabuleux vestiges et, en de nombreux endroits émaillés d’écritures lybico-berbères, des gravures rupestres et des monuments funéraires. Peuplée déjà dans l’antiquité par les Gétules, cette région, marquée par l’existence de dolmens sur tumulus, a connu ensuite l’invasion des Romains lors de la conquête d’Afrique du Nord. Aux IIe et IIIe siècles, sous le règne des Antonins et les Sévères, les Romains y installèrent des postes militaires avancés servant de rampes de lancements à leurs raids sur d’autres régions lointaines et aussi de promontoires de surveillance pour annihiler toutes velléités de l’ennemi, parfois, en voie vers leurs frontières fortifiées en Numidie. Preuve qu’on peut observer à ce jour des traces encore claires de leur passage, des vestiges laissés à Charef, Zenina, tel le castellium de Demmedi à Messaâd (actuellement Demmed). Cependant, l’histoire, selon la tradition orale, ne confirme pas l’opinion assez répandue que les Vandales et les Byzantins ont effectivement et également foulé le sol de cette région. A leur arrivée dans la région, au VIIe siècle, pour y répandre l’Islam, les Arabes, conduits par Okba, désignaient les autochtones de Zénétes, des Berbères appelés Sindjas, Ghomra et Laghouat. Ces derniers, bien qu’ayant embrassé l’Islam, sont restés indépendants de toutes les dynasties et empires qui se sont succédé. Dès l’entrée des Beni Hilal au XIe siècle, la conséquence immédiate a été l’implantation de la grande tribu des Zoghba qu’Ibn Khaldoune distinguait dans ses écrits sur la région par les Beni Naïl - à ne pas confondre avec les Ouled Naïl - et les Nader qui ont choisi pour fief de prédilection, le mont Mechentel situé au nord de Djelfa pour fonder la tribu des S’hary, d’où le nom que porte aujourd’hui ce Djebel (S’hary) qui veut dire la lisière du Sahara.

Sanglantes représailles

Quant à la grande tribu des Ouled Naïl, les descendants du saint éponyme Sidi Naïl, de son vrai nom, Mohamed Ben Abdallah El Khourchfi établi en Algérie au XVIe siècle, ils se singularisent par 2 grandes fractions identifiées selon la position géographique élue. Les Ouled Naïl Cheraga (ceux de l’Est) et les Gheraba (ceux de l’Ouest), elles-mêmes, subdivisées en plusieurs branches et tiges. Sous le protectorat turc, les Ouled Naïl Cheraga dépendaient de l’autorité du Beylik de Constantine et les Gheraba relevaient de celle du Titteri. Au passage, cette époque a été marquée par de sanglantes représailles, des expéditions punitives exercées par les beys des deux provinces contre les rétifs sur le prélèvement de l’impôt désigné par « lamza ». Les premières incursions de l’occupant dans la région ont eu lieu effectivement en 1843, sinon Djelfa n’était qu’un lieudit situé sur l’itinéraire qu’empruntait le colonisateur pour se rendre vers des destinations qu’il désignera plus tard par les territoires du Sud ou le territoire de Ghardaïa. Ce n’est qu’en 1852 que la première fortification militaire voit le jour, construite par le général Youssouf, celle qui impulsera la création de Djelfa en 1861. Mais déjà, en 1836, les Ouled Naïl, sous la houlette de leur figure de proue, Si Cherif Benlahrech, qui prit part parallèlement à plusieurs combats en Kabylie, et qui fut nommé ensuite khalifa des Ouled Naïl par l’Emir Abdelkader et envers qui il restera fidèle jusqu’au bout, firent allégeance à ce dernier avant de poursuivre leur soulèvement ici et là, même après le traité de la Tafna. La résistance à l’ennemi continua de plus belle, preuve qu’on envoya Moussa Benlahcène et ses hommes à Zaâtcha appuyer Bouziane Mohamed et ses troupes, et Telli Belakhal pour rejoindre Benabdallah sans oublier l’épisode tragiquement célèbre de Bouchendouqa qui attaqua frontalement la fortification de Djelfa avec seulement une vingtaine d’hommes, et insuffisamment armés. Une opération osée qui sera chèrement payée par l’exécution manu militari de 14 d’entre eux et leur enterrement dans une fosse commune. La domination française va durer longtemps et les premiers maquis naquirent en 1955. Grâce à un relief fortement boisé et montagneux, l’ALN fait subir à l’ennemi de cuisantes défaites dont on citera à titre indicatif, les batailles de Gamra en février 1956, Senalba en mars 1957, Menaâ en août 1958 et la plus fameuse d’entre elles, celle de Boukhil en août 1961. Erigée en daïra dès 1962, Djelfa l’est restée longtemps, jusqu’en 1974, date à laquelle elle a accédé au statut de wilaya. Depuis et à ce jour, son rythme de développement ne cesse de monter crescendo. Ville ouverte par excellence, c’est ainsi que de gros village d’à peine 25 à 30 000 âmes au lendemain de l’indépendance, elle prend aujourd’hui la stature d’une grande ville frôlant la barre époustouflante de 300 000 habitants et, pour toute la wilaya, le million tout rond, ce qui fait d’elle la 7e au niveau national du point de vue démographique ! La région vit essentiellement de la production intensive de bétail en milieu fermé et de l’élevage d’embouche d’ovins. Cette dernière activité représente a priori sa vocation séculaire. Mais l’on peut enregistrer beaucoup d’initiatives entreprises dans d’autres domaines comme le commerce de produits en tous genres et la prestation de services diversifiés. Certaines wilayas limitrophes trouvent même en Djelfa un marché de gros alléchant, bien que les prix pratiqués y soient quelquefois exagérés. En tout état de cause, le chef-lieu jouit de l’une des meilleures zones industrielles du pays, entièrement viabilisée et dotée de toutes les commodités. Sa superficie est de 240 ha dont plus de 200 lots sont disponibles pour de potentiels investissements et plus du double de cette superficie en ce qui concerne les 12 zones d’activités et entrepôts, dans lesquelles se trouvent plus de 500 lots disponibles. Seulement, en face, il n’y a pas de répondant, eu égard au taux d’industrialisation qui est loin d’être méritoire. Aucune représentation de grandes firmes n’est présente hormis pour deux opérateurs de la téléphonie mobile et la mise en route de la future usine de ciment. Le chômage officiel atteint des proportions alarmantes si l’on prend en considération le classement de cette région qui caracole parmi les plus démunies du pays. Toutefois, l’agriculture, malgré le recours à de nombreuses formules de financement, s’est avérée ne pas être le point fort de la région en raison des conditions géophysiques défavorables, d’une part, et la non-professionnalisation de la main-d’œuvre locale, d’autre part. Le climat y est semi-aride à tendance continentale et les températures sont juste estivales en été, plus ou moins chaudes, certes, mais très clémentes dès qu’on se met à l’ombre. De l’avis de vacanciers de provenances diverses, le climat de Djelfa serait le plus doux et agréable dans tout le territoire national, et serait même bénéfique aux asthmatiques car l’humidité de l’air est presque nulle. Par contre, pendant l’hiver, il fait rigoureusement froid et le thermomètre affiche souvent 0 et moins. Autant dire que la pluviomètrie se caractérise par une incroyable irrégularité depuis une vingtaine d’années.

Curiosité touristique

Le relief de la région est constitué de dépressions successives s’échelonnant entre 650 et 1200 m d’altitude respectivement depuis la plaine de Aïn Ouessara jusqu’au col des caravane - sur la route de Laghouat -, le point culminant situé à 1272 m. Sauf dans le pré-Sahara vers la vallée de l’oued Djeddi où celles-ci (les dépressions) sont quelque peu nuancées. Cependant, on peut y apprécier des dayas ou (vallées) épousant la forme de dépressions endoréiques en succession. La plupart de ces dayas impressionnent par leur superficie et niveau de submersion variables au point de participer franchement à l’excitation du plaisir de la vue par leur beauté qui subjugue, surtout au printemps ! Côté thermalisme, il existe trois sources thermales principales : la source de Mesrane est sans doute à recommander aux personnes atteintes de maladies de la peau surtout l’eczéma. Par contre, la source de Guettara attend toujours son dimensionnement à la hauteur de son eau aux propriétés nombreuses et curatives de beaucoup de maladies également. Hamam Charef, dont on loue les vertus de son eau pour ses propriétés anti-rhumatismales, les rhumatismes étant très répandus dans la région et pour cause, le froid sibérien qui règne 9 mois sur 12 ! Cette dernière localité recèle aussi des coins absolument à visiter, comme les chutes naines de Kalane, ce fantastique barrage foisonnant de gros poissons ou la vaste plaine de Touazi ou encore, la forêt clairsemée de G’taya. Le cordon dunaire fait aussi sensation au nord de ce pays et, rien qu’à le regarder de loin, il force instinctivement une première impression qui fait immédiatement penser à une étendue de dunes organisées. En fait, il correspond au même paysage que l’on rencontre sur le littoral, ces dunes transversales, qui forment une bande d’approximativement 30 km de long et 2 km de large. Ce qui fait de lui une curiosité touristique exceptionnelle. Sa forme permet de visualiser nettement le contraste entre un paysage terne et celui progressivement en vert. C’est justement l’effet de cette transition qui fait sa beauté. L’autre et néanmoins extraordinaire curiosité est certainement le rocher de sel qui représente un relief en diapir de sel gemme, aux formes et couleurs multiples et caméléonesques subies par le truchement de la circonvolution du soleil. Il est sans doute l’attraction géologique la plus féerique de la région. Preuve en est qu’Eugène Fromentin, un peintre et écrivain hors paire dans son temps, disait en 1857 de cette merveille naturelle, dans son livre Un été dans le Sahara : « C’est un amas de roches étranges..., ce n’est pas beau, c’est formidable. » Peut-on en dire mieux ? A vrai dire, ce ne sont nullement les coins formidables qui manquent dans cette région non encore découverte totalement sur le plan écotouristique, mais bel et bien l’initiative qui devrait aller dans le sens d’une prise de conscience à l’égard de l’activité touristique. Réputée également zone boisée, la région jouit d’un patrimoine forestier rarement comparable dans les Hauts-Plateaux ! Par exemple, le massif du Sénalba, principal chaînon des monts des Ouled Naïl, a une altitude et une dénivellation maximales qui oscillent merveilleusement entre 1500 m et 300 m, d’où son nom qui s’articule ainsi : sen el ba, qui signifie en dialectal le dos de la lionne. Grâce à son microclimat et son ombrage, sa forêt peut faire aussi office de lieu de détente, de loisirs et de pratique de sports. Ses richesses faunistiques et floristiques sont inestimables ! Et de manière générale, la forêt se distingue surtout par une végétation envahissante d’essences parfaitement odorantes que dégagent le chêne vert en association avec le genévrier ou le chèvrefeuille et autres jasmins et genêt. Le parc animalier situé sur la route d’Alger à 17 km est un bestiaire ludiquement estival, renfermant de mirifiques espèces sauvages à poils et à plumes en captivité, tels le faon bleu, le pigeon ramier, la caille des blés et le mouflon à manchettes, la gazelle dorcas, le cerf daim, la chèvre naine etc. L’air y est vivifiant et l’équilibre du biotope est préservé grâce à une régulation étudiée du capital cynégétique. Enfin, pour conclure, les sites historiques et archéologiques n’y sont pas en reste. On en recense près de 1200 gravures rupestres, dont celles mettant en exergue l’éléphant, le buffle antique et le rhinocéros ainsi qu’une représentation de la faune disparue, sans omettre la splendide gravure rupestre du fameux « couple des amoureux timides ». A côté, il y a aussi des ruines de villages berbères et romains, notamment à Zaccar, Ammoura et Messaâd ainsi que d’autres endroits hors du commun à voir à tout prix ! Après quoi, ne vaut-il pas la peine de faire le détour par Djelfa ?

Abdelkader Zighem

 
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