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Ami Slimane Azizen, 24 ans déjà



Matoub Lounès lui a rendu un vibrant hommage à ses débuts en l’appelant "Ami Slimane Azizen" dans une chanson où il louait les mérites de quatre chanteurs de talent : Idir, El Hasnaoui, Slimane Azem et Aït Menguellet. Le même Matoub l’a immortalisé en reprenant nombre de ses chansons telles que "Ajrad".

La mystérieuse et lumineuse poésie kabyle se souviendra de son plus grand maître après Si Muhand, qui fut chanteur de surcroît, rongé par un exil forcé qui s’est matérialisé en fin de parcours par une maladie qui l’a pris à cette gorge qui a tant fait passer de messages et de belles chansons. Mais Slimane Azem, décédé le 28 janvier 1983 à Moissac (Tarn-et-Garonne), il y a donc 24 ans, est beaucoup plus que tout ça : c’était une légende de son vivant, proche des gens, adulé, aimé de tous, banni par le pouvoir central en Algérie, interdit d’antenne à la Radio comme à la télévision dans ce pays qu’il a chanté aussi, mais toujours populaire, écouté par tous les kabyles, grands et petits et respecté comme peu de chanteurs l’ont été dans une société traditionnelle où la chanson pouvait être suspectée d’invitation à la déviance.

Ceux qui ont connu la kabylie des années 70 savent ce qu’y représentait ce grand homme aux yeux de tous ceux qui chantonnaient clandestinement ses airs et qui aimaient ses mots.


Slimane Azem, c’est une oeuvre, un poète-né, avec des prédispositions évidentes qui remontent à son enfance (il est né le 19 septembre 1918 à Agouni-Gughran en Kabylie) . Il a chanté à défaut d’écrire, de dire et parfois de crier. Son écho est allé très loin dans les montagnes de Kabylie alors même que sa voix résonnait dans l’hexagone. J’ai rencontré plusieurs Slimane à travers des personnes que j’ai cotoyées, qui l’ont connu ou pas, et qui ont toutes pour point commun une admiration sans bornes pour l’homme ou le poète voire les deux à la fois. Un tel consensus autour d’un homme qui a pourtant souffert de son vivant de sa mise à l’écart officielle et de son exil forcé, est la preuve de son grand talent. Ses textes sont des grands classiques de la littérature mondiale et il faut qu’ils soient considérés comme tels.


Slimane Azem était aussi profondément humain, très proche des gens et de son public en particulier. Il se produisait beaucoup dans des cafés et se promenait à la pause de table en table pour parler avec tous ses admirateurs. En ce sens il est proche de Kateb Yacine : ce dernier disait que les gens le connaissaient "comme ils connaissent un boxeur" puisque’ils ne l’ont pas lu et l’image d’un boxeur nous vient à l’esprit avec le personnage de Slimane qui était engagé physiquement dans son art et adulé. La phrase pleine de sens de Kateb : " Il faut chercher du côté du peuple" lui va de surcroît à merveille.


L’exil de Slimane fait penser à l’errance de Si Muhand pour lequel il avait une grande admiration et ses poèmes sur le "renversement des valeurs" font penser aux constats accablants que faisaient déjà Si Muhand à la fin du dix-neuvième siècle. Même si cette thématique est récurrente dans la poésie kabyle.

Slimane est aussi un homme en harmonie avec son temps, dans sa chanson " La carte de résidence" presque entièrement en français, il sait faire la dofférence entre la France des droits de l’homme et de la démocratie et la France du racisme et de la colonisation en des termes simples : " C’est vraiment bien dommage, le racisme et le chômage, heureusement qu’il y a des sages, c’est le prestige de la France...". dans cette même chanson, il fait allusion à ceux qui ont combattu pour la France et dont les descendants ne sont pas considérés avec les égards qui doivent en découler : " Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, avant de vous dire adieu, sachez bien que mes aïeux ont combattu pour la France, bien avant la résidence !".

Slimane a chanté l’amour, la trahison, la fraternité bafouée. Il a su utiliser sa voix de poète pour faire passer des messages qui se sont révélés être des baumes pour les kabyles qui souffraient de différents maux. J’ai encore l’image de ma mère écoutant en faisant le ménage son 45 tours : "Azger". C’est une partie des images de mon enfance et donc de ma vie.

Beaucoup de choses sont dites au sujet de Slimane, sur les raisons de son exil forcé, sur les chanteurs qui l’ont exclu de la chaine 2 d’Alger et sur des tas d’autres détails comme la "spoliation" de ses effets personnels à Moissac par des personnes malhonnêtes : tout cela ne peut rester ainsi. il faut faire la lumière et ne pas rester dans les discussiuons de Bistrot. C’est la raison pour laquelle, avoir une pensée aujourd’hui pour Slimane, c’est aussi inviter au travail et à la réflexion.


Un travail en profondeur sur ce poète serait très utile aujourd’hui . Au-delà de ce qui a été déjà dit ou écrit par les uns et les autres et qui est déjà fort intéressant. Les différentes facettes de ce personnage ne sont pas encore connues et elles méritent de l’être.

Slimane reposera en paix si on lui rend justice et si on permet au monde de mieux le connaitre. Voilà une autre dette à payer.

Et qui paie ses dettes s’enrichit.



Hafid ADNANI
 
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